Résonance - Une sociologie de la relation au mode : Le livre de Hartmut Rosa

Poche

La Découverte

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Si l'accélération constitue le problème central de notre temps, la résonance peut être la solution. Telle est la thèse du présent ouvrage, lequel assoit les bases d'une sociologie de la " vie bonne " – en rompant avec l'idée que seules les ressources matérielles, symboliques ou psychiques suffisent à accéder au bonheur.
La résonance accroît notre puissance d'agir et notre aptitude à nous laisser " prendre ", toucher et transformer par le monde. Soit l'exact inverse d'une relation instrumentale et " muette ", à quoi nous soumet la société moderne. Car en raison de la logique de croissance et d'accélération de la modernité, nous éprouvons de plus en plus rarement des relations de résonance. De l'expérience corporelle la plus basique aux rapports affectifs et aux conceptions cognitives les plus élaborées, la relation au monde prend des formes très diverses : la relation avec autrui ; la relation avec une idée ou un absolu ; la relation avec la matière ou les artefacts.
Tout en analysant les tendances à la crise – écologique, démocratique, psychologique – des sociétés contemporaines, cette théorie de la résonance renouvelle de manière magistrale le cadre d'une théorie critique de la société.

De (auteur) : Hartmut Rosa
Traduit par : Sacha Zilberfarb, Sarah Raquillet

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Expérience de lecture

Avis des libraires

Nous vivons dans une désynchronisation frénétique, coupés de nous-mêmes, terrassés par un angoissant " vide relationnel intérieur ". Comment y remédier ? Comment rétablir une relation positive avec le monde pour entrer à nouveau en résonance avec lui? Telle est la question que pose le sociologue dans son nouvel essai-somme, Résonance. Une sociologie de la relation au monde, et un recueil de textes, Remède à l'accélération. Avec courage, et un certain romantisme, convaincu qu'il faut prendre en compte les frustrations et les désirs de chacun pour changer la société.|Juliette Cerf
Télérama
Inauguré par Accélération. Une critique sociale du temps, le livre qui a propulsé Rosa sur la scène intellectuelle mondiale, ce projet est d'envergure et risque bien de bouleverser des pans entiers de la sociologie et de la philosophie politique contemporaines, de renouveler la "théorie critique de la société" (toute ressemblance avec la " Théorie critique " de l'École de Francfort n'est pas fortuite) et, probablement aussi, les manières de penser communes.|Robert Maggiori
Libération
Nous ne tournerons pas autour du pot : ce livre est à ranger dans sa bibliothèque idéale, avec tous ceux qui aident à comprendre les enjeux de notre temps.
Alternatives Economiques
Dans Résonance, publié aux éditions de la Découverte, le sociologue, philosophe et professeur à l'université Friedrich-Schiller de Iéna (Allemagne) développe une théorie de la relation au monde qui renouvelle le cadre de la critique d'une société qui " e ngendre d'incroyables injustices " et " créé de l'aliénation ".|Jérôme Skalski
L'Humanité
Dans " Résonance ", le philosophe théorise une nouvelle relation au monde comme remède à l'agitation perpétuelle et à la perte de sens qui caractérisent notre modernité. |Nicolas Weil
Le Monde

Avis Babelio

4bis

3.50 sur 5 étoiles

• Il y a 2 mois

A force d’inviter les livres dans mon salon ou ma chambre, de vivre avec eux, je finis par considérer leurs auteurs avec un certain degré d’intimité. A cette échelle, qui est pour moi Hartmut ? Je dirais que c’est un bon copain. Pas le genre à vous déclencher des vapeurs enamourées ou des ricanements hystériques, mais un copain. Fiable et précis. Que je verrais bien porter des cols roulés et des pantalons en velours et à rester un peu trop longtemps focalisé sur le développement de ses ratiocinations intérieures plutôt que sur l’ici et maintenant. N’y voyez rien de rédhibitoire, mais rien de fatalement séduisant non plus. Je l’avais croisé dans le court et percutant Aliénation et accélération vers une théorie critique de la modernité tardive il y a une petite dizaine d’années et j’avais trouvé ses écrits intéressants pour lire notre époque. Et voilà que depuis quelques temps, les philosophes, sociologues, anthropologues que je bouquine semblent tous m’indiquer son Résonance, une sociologie de la relation au monde comme un point de passage obligé dans mes cogitations sur ce qui nous relie au monde. 700 pages dans mon édition de poche ( !). Non, je tiens à le préciser parce que je les ai senti passer. Résonance se veut, comme son titre complet l’indique, « une sociologie de la relation au monde », c’est donc un objet qui croise une réflexion philosophique avec une analyse sociologique de nos sociétés post-modernes et qui se propose d’indiquer le chemin permettant une vie bonne. Une sorte d’Ethique me demanderez-vous ? Au sens propre du terme, oui. Mais sans aucune référence à Spinoza, et ce n’est pas (seulement) parce que je suis obsédée par le bonhomme que j’ai trouvé ça louche. Je crois que Spinoza est disqualifié pour deux raisons : d’une part parce que sa conception des raisons qui nous meuvent est intégralement fondée sur un causalisme dont s’abstrait Hartmut Rosa et d’autre part, surtout, parce que l’école disciplinaire à laquelle ce dernier se rattache est bien plus tournée vers le néo-kantisme, le marxisme, la psychanalyse, le romantisme allemand, la musique et la sociologie que vers la philosophie du 17e siècle et ses influences judéo-chrétiennes. C’est bien simple, quasiment tous les penseurs sur lesquels s’appuie Hartmut Rosa appartiennent de près ou de loin à l’école de Francfort. Mon Spinoza peut aller se rhabiller, il n’est pas membre de ce club-là. A ce propos, c’est un point qui a à la fois ralenti ma lecture et m’a fait réfléchir à l’ethnocentrisme dont j’étais pétrie de constater combien une grande majorité des références culturelles, qu’elles soient littéraires, musicales ou philosophiques étaient allemandes. Quoi de plus normal pour un auteur allemand, me ferez-vous remarquer. Certes. Mais si, quand on me parle de Rilke, de Schubert, je vois et vibre, j’ai bien plus de mal à faire l’appoint avec Goethe ou Schiller et je me sens, légitimement, assez bête avec ma manière de considérer littérature et Victor Hugo, Rimbaud, Baudelaire ou Rabelais comme des synonymes. La présence massive de la musique est un autre aspect des particularités culturelles propres à l’auteur. Cet art apparait majeur dans la démonstration d’Hartmut Rosa, bien plus que la peinture, la sculpture, la danse, le théâtre, le roman ou la poésie même s’il accorde à ce dernier genre une attention légèrement plus importante qu’à toutes les autres formes d’expressions artistiques. J’y vois la conjonction d’un attrait personnel de l’auteur pour la musique (il a écrit quelques pages sur le heavy métal et sur la pop musique) et d’une spécificité de la culture allemande où, bien plus qu’en France, la pratique d’un instrument et la fréquentation des salles de concert fait partie des habitudes de tout un chacun. Voilà pour les quelques remarques préalables que l’on peut faire sur ce bouquin. Reste le gros du morceau, la démonstration que je ne vous referai pas, soyez tranquilles. De façon tout à fait sommaire et expéditive, on peut dire que, partant d’une vision phénoménologique de nos rapports au monde, Hartmut Rosa fonde la résonance comme un concept désignant la relation d’un sujet à ce qui n’est pas lui selon des modalités qui le transforment tout en même temps qu’elles transforment ledit « autre ». La résonance est ce qui anime une relation et constitue une forme de vibration du sujet tendant à lui conférer un sentiment de plénitude et d’immédiateté à être. Quelque chose qui s’apparente au Je-Tu de Martin Buber qu’Hartmut Rosa cite souvent dans les premières parties de son livre. Et c’est en fonction de l’intensité de nos liens au monde, de la réussite de ces interactions que l’on peut dire une vie réussie ou non. A l’ouverture d’une relation au monde qui nous place en position vulnérable d’entrer en résonance s’oppose la réification de rapports muets, aliénés où le sujet et / ou le monde ne « parlent » plus, sont considérés dans leurs dimensions de ressources, de performance ou entrent en concurrence les uns avec les autres (le Je-Cela de Martin Buber). Hartmut Rosa classifie les résonances selon qu’elles concernent l’amitié, l’amour, la politique et s’épanouissent alors selon l’horizontalité ou qu’elles nous mettent en rapport avec l’art, la nature, l’histoire ou la religion selon des axes verticaux ou enfin avec les choses, les idées, selon un axe cette fois diagonal, quoi que cette image ait de peu satisfaisant. Même s’il concède que cette répartition des modes de résonances a tout du schématisme peu conforme à ce qui s’opère vraiment et qui ressemble toujours à un mélange des différents modes, Hartmut Rosa s’y tient, pour les besoins de sa démonstration dit-il. J’entends bien, mais c’est là que la probabilité que je résonne avec ce bouquin s’est faite de plus en plus lointaine. Hartmut Rosa est philosophe et sociologue, membre éminent d’instituts de recherches. A ce titre, il est sans doute dans son habitus de réfléchir chacun des concepts qu’il développe à l’aune du courant de pensée dans lequel il s’inscrit et de montrer comment, mutatis mutandis, il ne déroge pas à la loyauté intellectuelle et institutionnelle à laquelle il se sent tenu. C’est tout à fait honorable mais, à ce massif héritage idéologique, à la structuration en axes, postuler en plus des « médiateurs de relation », des « tonalités affectives favorisant », des « amorçages dispositionnels » alourdit considérablement la réflexion et lui donne, certes un caractère robuste, mais surtout assez indigeste pour mon estomac phénoménologique et sensible. La démonstration passe ainsi par une énumération d’arguments et postures philosophiques antérieures visant à conforter le propos mais me donnant plutôt l’impression d’éloigner toujours un peu plus ce qui aurait pu être son objectif : se confronter effectivement aux enjeux d’un rapport résonnant au monde dans ce que cela signifie de définition du sujet, de son périmètre, de sa porosité et dans ce que cela embarque de qualification de la résonance. Sans doute qu’on ne serait alors plus dans une démarche sociologique et qu’on quitterait le domaine d’expertise de l’auteur, risquant des envolées mal maitrisées (qui m’auraient également énervée, je me connais) mais cela m’aurait davantage intéressée que de savoir en quoi Adorno, Simmel ou Blumenberg peuvent, ou non, être convoqués à l’appui de cette démonstration. Par moments, heureusement, ça vibre. Quand Hartmut Rosa aborde la question de la dialectique de la résonance et de l’aliénation, considère que les sciences exactes réifient le monde sans laisser de place à une relation vivante, quand il accepte bien volontiers de considérer toute sa démonstration comme occidentalo-centrée, tributaire d’un contexte d’énonciation qui lui fait considérer les axes de résonances d’une manière qui n’a rien d’universel et qu’il appelle à conduire à des recherches comparatistes et pluridisciplinaires élargissant le champ de l’étude. Mais le plus souvent, j’ai eu l’impression d’un propos visant à faire passer, à coups de burin historiquement situés, de nuageux blancs en neige dans le tamis métallique d’une passoire interprétative. Un désastre. Evidemment, Résonance n’est pas un monument poétique, et quel autre genre que la poésie aurait pu envisager de livrer quelque chose de juste de cette réalité (sinon peut-être certains textes mystiques) ? A ce sujet, je regrette aussi, ô combien, aucune analyse sur le pouvoir du langage quant à évoquer, voire réaliser un axe de résonance. J’aurais aimé voir cité Michel Collot et sa matière émotion, par exemple, Ponge, Char et Tardieu. Voir en fait cette réflexion s’animer. Mais c’est une démonstration ancrée dans un contexte et visant à des transformations sociétales. On rêvera plus tard, il s’agit de transformer notre modernité tardive avant qu’elle éteigne toute résonance en chacun d’entre nous. On retrouvera à ce titre les développements qu’Hartmut Rosa a déjà consacré à l’accélération et son analyse d’une modernité obligée de toujours accélérer, socialement, juridiquement, politiquement, économiquement, individuellement, pour simplement fournir les mêmes standards que précédemment, pour ne pas régresser. C’est intéressant et je vois bien toute la plus-value que peut apporter le concept de résonance dans ce cadre. Voilà la plus-value et la performance d’un concept pour décrire une réalité, voire l’infléchir afin de l’optimiser. Pauvres nuages de blancs en neige ! Je vais relire Martin Buber, moi, tiens.

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francklirzin_1731772647447

5.00 sur 5 étoiles

• Il y a 2 mois

Un livre ardu et exigeant mais qui pose clairement les enjeux de notre époque : comment entrer de nouveau en résonance avec les autres, avec la nature, avec les choses, et sortir de la spirale déréalisante où nous sommes. C’est une lecture puissante qui pose un regard neuf sur ce qui semble banal, et redonne de nouvelles couleurs à ce que nous avions pris l’habitude de voir gris.

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L'auteur

Hartmut Rosa

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17,00 € Poche 726 pages